dimanche 10 juillet 2011

Dans l'Intimité des Frères Caillebotte, Musée Jacquemart-André


Acheter son billet en ligne pour une expo?
Soit... j'avoue que je n'aime pas beaucoup le principe, d'ordinaire je préfère aller vadrouiller du côté d'un musée et ensuite accéder à l'exposition en question.
L'avantage est que cela permet d'éviter la file d'attente. Encore heureux pour le prix qu'on nous fait payer, vraiment élevé malgré mon statut d'étudiante.

Il faut cependant avouer que le Musée Jacquemart-André est un magnifique endroit aux allures de grande maison Haussmanienne, situé, comme il se doit, dans les beaux quartiers de Paris. Moulures, hauts plafonds, dorures, oeuvres d'art et petit jardin agrémentent la collection permanente. En revanche, ô rage! ô désespoir, je manque de défaillir en apercevant la queue devant l'entrée de l'expo. Trop de monde réuni dans un si petit espace (un des inconvénients majeurs des expos temporaires du musée) me démontre qu'il faut à tout prix arrêter d'aller voir des expositions pendant leurs derniers jours.

"Dans l'intimité des frères Caillebotte" retrace le parcours des deux frères, l'un peintre, l'un photographe, pour mettre en lumière comment, au milieu du 19 ème siècle, ces deux arts se répondent. Je ne pouvais rater cette exposition, étant férue des relations entre différentes formes d'art.

On nous présente donc les photographies de Martial qui possèdent ce doux grain des vieux clichés -entre sépia et noir et blanc, à une époque où jouer sur les flous et les espaces reste expérimental- et les toiles de Gustave, qui alternent entre réalisme et impressionnisme. L'exposition s'organise en plusieurs thèmes, successivement: la ville, les scènes d'intérieur et portraits, la campagne et le jardin, les paysages modernes et industriels et les paysages fluviaux. Si quelques photographies m'ont laissée franchement dubitative, comme celles qui représentent la constructions de bateaux fidèle à la passion des frères pour le yatching, j'ai adoré les toiles d'intérieur où la touche de Gustave se fait plus sombre.
En effet, alors que ce dernier utilise des couleurs dans les tons pastels pour dépeindre la vie urbaine -ce qui, à mon avis ne convient pas trop au thème- les clichés de la ville pris par Martial contrastent les sombres silhouettes des flâneurs en chapeaux hauts de forme sur un brouillard d'immeubles récents.
La dextérité de Gustave se traduit plus dans ses perspectives innovatrices et ses originaux points de vue: ainsi, on nous présente la ville d'en haut, depuis un immeuble, avec un effet de profondeur accentué par le regard d'un personnage anonyme qui reproduit la perception du spectateur. J'ai aussi beaucoup apprécié les paysages fluviaux, pour lesquels la touche claire du peintre semble bien plus appropriée.

Pourtant il faut avouer que le manque d'espace, le monde, les touristes qui hurlent presque en observant les toiles ou même adoptent des discussions de café gare m'ont vraiment gênée. Malheureusement, je suis de celles qui aime contempler les oeuvres au calme, afin de pouvoir me laisser happer par le tableau.
Je n'ai pas non plus compris l'organisation des salles, dénuée de toute logique, si ce n'est chronologique. Pourquoi séparer les thèmes ruraux par les paysages industriels? Pourquoi placer les scènes d'intérieur après les oeuvres représentant la ville?
En outre, le défaut principal de l'expo tient à sa scénographie. On nous vend un dialogue entre photo et peinture, alors que ces deux arts sont présentés de manière totalement distincte, malgré les trop nombreuses affinités entre les oeuvres des deux frères qui semblent avoir collaboré toute leur vie. Je m'étais imaginée des comparaisons entre, par exemple, un cliché et une toile, et dieu sait si ce genre de comparaisons était possible! PLus d'une fois, les toiles de Gustave répondent aux photos de Martial, et vice-versa. Parfois, on a même l'impression que c'est le même sujet qui est représenté sous deux techniques visuelles différentes. Voici une mise en scène qui était riche de discussions!
Vous serez donc bien plus heureux avec le catalogue, car cette expo reste assez chère pour ce qu'elle est.
Qu'on se le dise!

jeudi 7 juillet 2011

Raison et Sentiments, Jane Austen

Le titre même oppose en une expression ressemblant à une maxime les deux héroïnes du roman. d'un côté, il y a la sage Elinor, l'aînée bien sûr, celle qui est responsable, réfléchie et cache constamment ses émotions. De l'autre, l'exaltée Marianne recherche la passion, l'excès, à l'instar des personnages de ses auteurs favoris: Shakespeare et Scott entre autres.
'Raison et Sentiments' conte l'histoire des deux soeurs, de leur mère et de la benjamine Margaret, forcées à vivre dans un modeste cottage parce que le demi-frère des héroïnes, sous l'influence de sa femme, manque à la promesse tenue au défunt père, selon laquelle il devait aider ces femmes dans le besoin.

Une fois de plus, Austen prend le parti face à la triste condition féminine de la fin du 17ème siècle. Avec force détails et son irrésistible ironie, l'auteur dévoile la vulgarité de personnages campagnards tels que Mrs Jennings, Sir John et Lucy Steele. Marianne se révolte justement contre les conventions sociales, les hypocrites et futiles formules de politesse et les convenances. Et, pendant qu'Elinor accepte docilement son destin en souffrant les confidences de l'insupportable Lucy Steele, fiancée à l'homme qu'elle aime, Edward Ferrars, Marianne affiche clairement sa passion pour ce rake qu'est Willoughby. Ils professent leur amour, arpentant ainsi les pittoresques paysages du Devonshire, magnifiquement décrits par la plume Austinienne, brisant ainsi le coeur du séduisant colonel Brandon, qui n'est pas sans rappeler Mr Darcy.
Dès lors, comment ne pas préférer la vibrante Marianne à sa cynique soeur? La sensibilité artistique se traduit notamment par sa pratique de la musique. Marianne critique le manque de passion de Edward Ferrars, et elle le fait bien! Marianne est une héroïne tragique qui frôle la mort, mais j'ai tout de même apprécié les piques de Elinor.

Cela dit, 'Raison et Sentiments' reste moins subtil que 'Orgueil et Préjugés' et reste assez caricatural. C'est le premier roman de Jane Austen, et cela se sent. Le roman comporte plusieurs longueurs et quelques défauts d'intrigue.

Le potentiel pictural de 'Raison et Sentiments' a été adapté à l'écran en 1995 et en 2008, successivement par Ang Lee et Andrew Davies. Le succès de la version de Lee tient à l'interprétation parfaite de Kate Winslet en Marianne. Les personnages masculins sont aussi plus saillants que dans le roman, surtout Alan Rickman en Brandon (miam!). Willoughby est aussi sexy à souhaits. En revanche, la performance de Emma Thompson en Elinor et l'interprétation de Lee restent très académiques, sur fond de décors extérieurs qui ressemblent à du carton-pâte.
La version de Davies est plus originale, visuellement plus soignée, plus sensuelle aussi, mais les héros masculins manquent de caractère. Marianne est excellente, et l'actrice incarnant Elinor est beaucoup plus crédible que Emma Thompson.
A vous de choisir!

vendredi 24 juin 2011

'Brighton Rock'


Brighton, 1964.
Mobs of mods and rockers fighting in the streets, announcing the riots of 1977.
Adapted from Graham Greene's compelling thriller, 'Brighton Rock' tells the story of one of the most peculiar killers of detective literature, Pinkie Brown, aged 17. The movie starts with the murder of Pinkie's gang leader, Kite. When Pinkie's gang tries to avenge Kite by stabbing his murderer, they are witnessed by waitress
Rose. So, Pinkie will do his utmost to make her fall in love with him, to prevent her from talking.
Despite his hatred for women. despite his disgust for anything related to love and sex. Although kissing arouses nothing but repulsion in him.

The movie remains quite faithful to the book, its thrilling atmosphere, and the quickened rhythm towards the end, though it may seem a little bit slow at times. Still, this is also one of the director's choice: to keep you in a constant state of tension.
This is heightened by Sam Riley's brilliant performance, who masters perfectly Pinkie's twitches of disgust. My only disappointment: a few references only to the fact that he does not drink nor smoke, whereas this is one of the highlights of the protagonist.
Rose mixes fear, sweetness and naiveté, while Pinkie"s are just as good. Helen Mirren embodies motherly Ida, far less annoying than in the book.
Still, you stand with Pinkie and Rose, wondering what the hell Ida is doing while noseying round other people's business.

But Brighton Rock's main asset lies in its aesthetic quality. Graphically speaking, you cannot but feel delighted, colours and moves merge to make anxiety rise. Brighton Rock is quite a gloomy, bloody movie, and the music during Pinkie's chase is just marvellous.
Many people criticised the fact that the action took place in the 60s rather than in the 40s. But Joe Wright managed to re-create the 60s far better than the setting of his two previous movies, 'Pride and Prejudice' and 'Atonement'. For once, Mr Wright knew how to read a book. Well done, Joe, you did it!!
The only big failure: the ending, too much Hollywoodianised for my taste (but knowing the director, it seemed unavoidable). Mr Wright, please re-read the book. You'll see that in Brighton Rock, there is no redemption, only hell and sin. Who knows... maybe your next film will be your masterpiece.

Nevertheless, dear spectators, for the moment, instead of blindly following critics and risking to experience massive boredom while watching 'The Tree of Life', go and see 'Brighton Rock'. I beg you. i'll leave you with this image and the most moving lines of the film:
Pinkie, with an angry voice, trying to scare Rose: 'Are you afraid?'
Rose: 'Not when I'm with you!'

mardi 21 juin 2011

Cent Ans de Solitude, Gabriel Garcia Marquez

Avec Gabriel Garcia Marquez, c'était en quelque sorte ma première entrée dans le monde de la littérature hispanophone. Du moins ma première entrée réussie. Jusqu'ici, l'insipidité du Songe de Caldéron et les frasques d'autres auteurs dont j'ai, depuis longtemps, oublié le nom, ne m'avaient jamais plus intéressée que cela.

Mais avec ce roman... quel choc!!! 'Cent ans de solitude' est d'ailleurs impossible à résumer. Garcia Marquez nous balance sa fresque épique et familiale en pleine figure. On suit les pérégrinations de la famille Buendia, depuis l'arrivée au village mythique de Macondo jusqu'à la déchéance de celui-ci. Déchéance qui, d'ailleurs, touche aussi cette famille dont on suit l'histoire sur plus de quatre générations.

Chez Garcia Marquez, tout est fluidité, mouvance et nostalgie. A l'image de son style, les personnages évoluent dans leur imaginaire, leurs superstitions et leurs rêves. Les fantômes viennent se poser au pied d'un arbre, où hantent la pièce d'une maison, l'inceste guette les Aureliano, et le cycle infernal des peurs des membres de la famille se répète de génération en génération. Il est parfois un peu difficile de se rappeler la filiation des protagonistes qui portent souvent les mêmes prénoms, mais qu'importe, l'auteur nous emporte dans son tourbillon d'aventures. Chez les Buendia, l'autorité est incarnée en la personne de Ursula, la doyenne qui finira par devenir aveugle et entreprend un commerce de caramel avec sa bru, Sainte Sophie de la Piété. Le colonel Aureliano, lui, après avoir été un héros de guerre, se perd dans la fabrication de ses petits poissons en or.
Les autres moments ou personnages qui m'ont plus sont: l'orpheline Rebecca, recueillie par les Buendia, qui tombe amoureuse du fils aîné mais le tue par amour, le fantôme de Melquiades pesant sur la maison, l'incroyable légerèté de Remedios la Belle qui s'en va dans les airs, la joie de Meme, les cauchemars de José Arcadio le Second, hanté par le wagon de morts assassinés par son frère jumeau, la visite de Ursula à son fils dans la prison... et bien plus encore. On referme le roman happé par la nostalgie que désire transmettre l'auteur.

un peu d'histoire: Garcia Marquez est associé au mouvement 'réalisme magique', dont font aussi partie plusieurs auteurs latino-américains. Dans ces textes, réel et fantastiques se mêlent alors que les personnages tiennent cet assemblage pour acquis, ainsi, le spectre de votre ennemi surgit les soirs d'insomnie, une jeune fille s'élève dans les airs pour ne plus jamais revenir sur terre, et l'ombre d'un gitan plane enfouie dans l'une des pièces de la maison.
'Cent ans de solitude' est aujourd'hui considéré comme l'ultime roman de réalisme magique, qui transparaît aussi dans le style. Garcia Marquez ne suit pas un développement chronologique mais mélange passé, présent et futur à la manière de la mémoire humaine. Il élève les traditions et le folklore colombien au rang de mythe, si bien que chaque moment de l'histoire prend une dimension épique. L'insatiable soif de connaissance des personnages masculins semble détruire l'isolation du village, pendant que les femmes sont effrayés d'enfanter des rejetons avec des queues de cochon, selon une malédiction qui peserait sur la famille.
Les nombreuses images et métaphores donnent au texte une touche incroyablement poétique.
D'ailleurs, le style n'est pas sans rappeler celui de Salman Rushdie dans 'Midnight's Children', qui demeure, à présent, un de mes romans préférés.

Cent Ans de Solitude est un incontournable qui mérite bien son statut de grand classique. A lire, donc.

samedi 3 juillet 2010

Concert de -M- le 30/06/10 au Château de Versailles.


Extraordinaire.
Voici à peu près le terme qui rend justice à la prestation de -M-sur une scène flottante dans l'eau du Bassin de Neptune. J'étais déjà très excitée, surtout en entendant les dires de mes comparses qui l'avaient vu à l'Olympia et au Zénith. Mais arrivée devant le Château, j'aperçois une foule de quarantenaires motorisés qui m'amènent à soulever la question suivante: "Dans quoi je me suis embarquée?"
Il est vrai qu'en prenant ma place, toute exultée que j'étais à l'idée d'aller voir Mathieu Chedid se produire à Versailles, je n'avais fait attention ni à l'heure du concert, ni aux moyens pour rentrer. Faut dire que la résidence du Roi Soleil, c'est pas la porte à côté, et le service du Reur C qui, en plus d'être une pathétique lenteur, s'arrêtait à 23h50. Restait alors l'option Transilien, sachant qu'une des des gares était à Perpètes, et que ma carte Imagin'R ne prenait pas les trajets de la zone 4 (et entre nous, je n'allais tout de même pas payer un ticket pour 2 misérables stations). Tant pis, me dis-je, j'aviserai.

Arrivée à ma place, j'observe le groupe de première partie, Yodelice. Rien de très percutant, jusqu'à ce que j'entende les premières notes de "Midnight Radio" une des plus belles chansons de la comédie musicale "Hedwig and the Angry Inch". Finalement, Yodelice s'avère être un combo aux mélodies fortes et profondes, tout comme la voix du chanteur. C'est la première fois qu'une première partie me charme autant. Affaire à suivre.
Attente. Je suis très bien placée, et les occupants du carré or, à quelques mètres de moi, qui sirotent dans leur coupe de champagne me font doucement rire: nous sommes presque à la même distance de la scène, sauf qu'eux, ils ont payé 100 euros de plus, les chéris.
Une hola à faire pâlir d'envie les supporters de la Coupe du Monde se forme. Waô, je n'avais pas vu ça depuis les quelques rares concerts que j'ai fait à Bercy.
Je suis à côté d'un couple fort sympathique qui entament la discussion. Comme moi, ce sont des jeunes n'ayant pas la "chance" de posséder une voiture. Un taxi à trois? Co-voiturage? Stop? Let's see when the show's over.

23h45 et des poussières. Entrée fracassante de -M- sur "Mister Mystère, dans un décore de blanc et noir, sur fond de M inversé. C'est qu'il sait maîtriser une audience, le bougre! Les chansons du dernier album s'enchaînent, avec un blues sublime sur "Tout sauf toi", qui nous remémore les années Hendrix. Lorsqu'il s'adresse au public, Mathieu devient ce personnage ludique et lubrique à la voix feutrée, haranguant le public. "A poil!", tu as dit, toi là-bas? Eh bien vas-y, fais-nous voir!
Au signal de "Hold-up", la foule se lève et les gradins se transforment en véritable dance-floor géant. C'est de l'électro, mais celle sur laquelle on peut bien swinguer. Comme -M- sent que nous sommes chauds bouillants, il nous fait crier 30 fois afin de créer un immense "délire collectif".
Sur "Ma bonne étoile", je ressens ces frissons si particulier, ceux qui prouvent que la musique me happe entièrement. Sur "Je dis aime", la foule tape tellement en rythme que Mathieu n'arrive plus à suivre et nous félicite.

Puis vient le "Complexe du cornflakes" et sa panne de courant. Croyez-vous que cela arrête -M-? Que nenni! Qu'à cela ne tienne, il se fond dans le public et continue la chanson en acoustique. Mes compatriotes et moi nous retrouvons au premier rang, alors que la foule s'avance vers les musiciens, je suis littéralement à 2 mètres de l'artiste. La chanson s'achève sur scène et avec un lancer massif de Kellog's par un Superman mexicain, tandis que -M- joue le riff de "Beat it".
Ca y est, nous sommes tout devant, appuyés contre la barrière. J'aurais aimé éviter les Versaillaises hystériques invitées à danser sur "Amsétou", mais pendant le medley "A tes souhaits/ Mama sam/ Onde sensuelle/ Qui de nous deux/ Qui est le plus fragile/ En tête à tête, j'ai une vue parfaite.
Le medley signa le rappel de -M- qui clôtura sa prestation sur un "Machistador" magistral, après nous avoir fait tous se prendre par la main.

L'euphorie est de courte durée pour nous les jeunes qui recherchons désespèrement une voiture. Comme dirait G. -la moitié du couple, ndlr- on peut se prendre la main pendant un concert, mais dès qu'on en est sortis et qu'il s'agit de rendre service, c'est "Hello goodbye"! Nous allions nous rabattre sur l'option taxi quand une adorable femme nous proposa de nous déposer à Gambetta.
Total: 4 euros dépensés pour rentrer de Versailles à République!
La soirée fut épique, riche en émotions et je n'ai qu'une chose à dire à Mr Chedid, à savoir que je l'-M-, lui et sa planète.

lundi 28 juin 2010

"Le Tour du Monde en 80 Jours" de Jules Verne


Il en est de ces livres qu'il ne faut lire ni trop tôt, ni trop tard, ni trop jeune, ni trop âgé. Le tour du monde en 80 jours en fait partie. Ne me méprenez pas, mon but n'est pas de fustiger la littérature de jeunesse. Je suis la première à compter Alice au Pays des Merveilles et Peter Pan parmi mes livres préférés.
Pourtant, il est clair qu'il faut lire le roman de Verne à un âge où l'esprit est encore vierge de toute détection de préjugés socio-moraux. Je vois déjà les fans du bonhomme s'offusquer, mais je n'y peux rien, l'oeuvre de Verne fera alors partie des grands classiques qui me laissent profondément insensible. Dans des cas comme celui-ci n'avez jamais vous éprouvé cette étrange sensation qui vous amène à vous interroger: "mais qu'est-ce-que tout le monde lui trouve, à ce mec?"

Je m'explique: étant férue de littérature et d'aventure, Verne, j'en entends parler depuis toute petite. Son goût précurseur pour la science-fiction, ses machines à remonter le temps, tout me poussait a priori naturellement vers lui. Seulement, mon chemin n'avait encore jamais croisé le sien. Il y a quelques mois, je suis allée avec des amis voir l'adaptation théâtrale de Sébastien Azzopardi, durant laquelle nous avons plusieurs fois ri aux larmes. L'original reposait alors au chaud et dans la poussière de ma bibliothèque et comme la pièce m'avait donné envie de lire l'oeuvre, je m'étais dit que c'était effectivement le bon moment.

Et là, en finissant le roman, QUELLE DECEPTION!!! On a beau considérer Verne comme un maître, j'aurais envie de répliquer qu'une intrigue, ça ne fait pas tout. Certes, l'idée est bonne et les personnages amusants, mais pourquoi diable s'éterniser sur 278 pages et nous faire agoniser à force de descriptions techniques qui ont pour but d'étaler la science livresque de l'auteur?
Et petit à petit, on se rend compte que ce pari qui entraîne le sieur Phileas Fogg et son fidèle serviteur Passepartout à voyager sans même penser à visiter est relégué au simple rang de divertissement. Pire, on s'ennuie. Les péripéties pourraient être palpitantes si le narrateur cessait d'adopter ce ton condescendant. Chaque fois que Fogg semble manquer une étape, vous ne vous inquiétez même pas - contrairement aux autres personnages - parce que l'issue est si prévisible et répétitive que vous perdez tout intérêt. Je ne compte plus les fois où j'ai levé les yeux aux ciel dans le mauvais étalage de sentiments, les descriptions interminables du fonctionnement de tel ou tel bateau...

Fogg et Passepartout passent successivement par l'Inde, la Chine, le Japon, les Etats-Unis, suivis par l'inspecteur Fix, persuadé que le gentlemen est responsable d'un vol de bank-notes. Fogg est généreux, Passepartout lui voue une admiration plus que douteuse (oui mon esprit tordu a tenté d'imaginer une romance gay afin de pimenter ma bien monotone lecture), Fogg récupère une Indienne éduquée à l'anglaise, ils se marient et sont heureux, Fogg gagne son pari. C'est à peu près tout. Nulle psychologie des personnages, nul protagoniste véritablement saisissant, à part peut-être Fogg, et encore... (les pires étant Passepartout et Mrs Aouda, la "bonne sauvage").
L'exemple de la bonne sauvage me permet de faire le lien avec Verne qui s'acharne à nous montrer la couleur locale de chaque pays, les comportements de telle ou telle nation, avec un racisme non caché. Ca en devient presque répugnant. Plusieurs personnes m'ont rétorqué que c'était d'époque, mais ce genre d'excuse me laisse franchement dubitative. C'est un peu comme dire que c'est normal d'être antisémite pendant la Seconde Guerre Mondiale, m' voyez...

Je terminerais sur l'absence de style de Verne, pour une fois de plus, et non sans une certaine provocation, remettre en question son statut de grand auteur. Eh bien allez lire du Verne. C'est biaisé et ça empeste le préjugé, c'est limite du behaviourisme sauvage avant l'heure. Vous avez l'impression qu'à chaque évènement, à chaque personnage correspond une façon déterminée de réagir. Quant au côté révolutionnaire de ses inventions techniques et imaginatives, je dirais que ça a mal vieilli et qu'un lecteur du 21ème est en droit de ne plus être impressionné. En revanche, pour comparer avec d'autres auteurs de la même époque, la lectrice que je suis restera toujours fascinée par la richesse stylistique et psychologique d'un Flaubert ou la modernité d'un Zola.

Moralité: allez voir la pièce vous payer une bonne tranche de marrade, mais évitez de vous infliger la souffrance de la lecture.

samedi 26 juin 2010

"Edvard Munch ou l'Anti-Cri" à la Pinacothèque


Comme son titre l'indique, le but de l'exposition est de revenir sur l'oeuvre méconnue et foisonnante de l'artiste norvégien dont on ne connait que cette peinture qui a fait couler beaucoup d'encre, Le Cri. Le cadre correspond parfaitement à l'ambiance qui se dégage de l'oeuvre. Les organisateurs ont choisi de nous faire déambuler dans un sombre labyrinthe recréant les méandres de la psyché Munchienne, où seules les oeuvres sont éclairées.
Le spectateur peut alors découvrir le parcours artistique du peintre, des éléments biographiques, et surtout comment il a manié - avec dextérité - diverses techniques.

C'est précisément un des aspects qui m'a le plus touchée dans cette rétrospective: pour une fois, les textes qui accompagnent les toiles et dessins se concentrent sur le travail de Munch, la façon avec laquelle il retravaillait sans cesse ses oeuvres, superposant les couches, appliquant la couleur...point de longues dissertations sur sa vie (la plupart du temps, mes explications biographiques m'ennuient).
Toutefois, on commence par ses débuts, et son enfance difficile. Ce qui est impressionnant, c'est de voir avec quelle aisance Munch intègre les courants artistiques de son temps pour subvertir leurs techniques à sa manière. Il commence donc avec de petites toiles dans le style impressionniste pour ensuite s'affranchir de la touche colorée; alors ses oeuvres deviennent, comme toutes les autres toiles, menaçantes, malgré les explosions de couleur. Les scènes des toiles sont sinueuses. Munch voulait "représenter la vie" et elle le lui a bien rendu. Pourtant, la présence d'une ombre (Femme au chapeau rouge), d'une atmosphère (Hiver) nous rappelle constamment que la réalité représentée est sienne. Une réalité froide et dure, quoique vivante. Dans Le tronc jaune, et d'autres paysages similaires, Munch utilise de façon remarquable la perspective, et le spectateur se retrouve véritablement happé par le tableau.

Munch est précurseur. Munch est poursuiveur, Munch est suiveur. Je le cataloguais à tort parmi les expressionnistes, mais il est tout à tour impressionniste, réaliste, et symboliste. Parfois même dans une seule et même toile. La vie et la mort se côtoient systématiquement (L'enfant malade, ses visions d'ouvriers), se font des clins d'oeil, se cherchent. Les nus sont saisissants. J'ai moins aimé les portraits, trop travaillés à mon goût.
La période charnière que représente le tournant du siècle (19ème-20ème) m'a le plus émue. C'est à ce moment que la tendance symboliste de Munch s'affirme, son côté presque mystique. Il commence par travailler la lithographie et les gravures, techniques pour lesquelles - à mon sens- il est le plus doué. C'est violent, noir et cru. L'afficionado de l'art sombre s'aperçoit que Munch fait partie de ces artistes qui, tel un Goya ou un Fuseli, dépeignent à merveille les affres de la folie et du cauchemar. Dans ces oeuvres, Munch est hanté par la maladie, le vampirisme et les cheveux de femme.
On retrouve un peu plus loin le thème de la sexualité troublée avec la série Alpha et Oméga ou l'histoire d'un couple et la mort de sa moitié.

Cette série me permet d'achever cet avant-goût de visite pour dire qu'il faut être à mon avis dépourvu de coeur pour rester de marbre face à l'oeuvre de Munch. J'emprunterais donc à mon père (qui m'a accompagnée) le mot de la fin "C'est très émouvant".
Alors, faîtes vous plaisir, plutôt que de traîner dans la chaleur étouffante du Louvre envahi par les flashs touristiques, plutôt que de se précipiter aux expos dont tout le monde parle, allez faire un tour du côté de chez Munch. Il ne reste que quelques jours...